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Il est injuste d'être pointé du doigt parce qu’on est chômeur. Ils n’ont pas choisi cette situation qui n'a rien de confortable. Du travail, ils en cherchent mais  n'en trouvent pas. J'énumère et conteste, une à une, les raisons que les employeurs leur renvoient le plus souvent.

 

"Devons-nous nous taire et nous laisser marcher dessus par honte de cette situation ?" 

 

"Face aux débats ministériels, à la polémique autour de l’emploi ainsi qu’au doigt de plus en plus souvent pointé vers les chômeurs, j’ai décidé d’écrire afin de raconter ce qu’est réellement le quotidien d’un demandeur d’emploi. J’espère que cet acte permettra de donner la parole à toutes les personnes sans emploi qui vivent un véritable calvaire afin de trouver un job stable et décent dans notre belle Belgique, toutes ces personnes qui, comme moi, se démènent jours après jours et multiplient les démarches dans le but d’enfin obtenir ce fameux sésame, ce simple contrat de travailleur, toutes ces personnes que l’on taxe bien trop souvent de fainéants, de paresseux voir de glandeurs alors que la réalité est toute autre et bien moins idyllique que de se prélasser devant la télé toute la journée.

Non, tous les chômeurs ne sont pas des glandeurs qui se complaisent dans leur chômage. Non, ce n’est pas un choix de vie. Non, ce n’est pas de la facilité. Devons-nous nous taire et nous laisser marcher dessus par honte de cette situation ? Devons-nous être les pigeons de ce système ? Devons-nous tout accepter car nous sommes ceux qu’on pointe du doigt ? Une seule réponse, NON ! Nous avons une voix et devons la faire entendre, du vécu à partager, des situations à expliquer. Réunissons-nous et exprimons-nous afin de tenter de faire changer les mentalités vis-à-vis de ce « paria » qu’est le chômeur.

Soyons clairs, il est de plus en plus difficile de trouver un emploi en Wallonie, surtout si pour une raison ou une autre, nous n’avons pas eu la chance de faire de grandes écoles et d’en sortir bardés de diplômes.

Un exemple concret et bien réel : Laura, 23 ans, diplômé du secondaire.

C’est l’histoire de Laura, 23 ans, CESS en Secrétariat et Gestion en poche, elle tente l’université mais pour diverses raisons, elle ne pourra pas aller au bout du cursus. Son CV est donc composé de son CESS et de ses expériences en tant qu’étudiante et stagiaire. Elle vit à Namur et la voilà donc à la recherche d’un emploi. Que fait-elle ? Elle envoie des dizaines de candidatures par semaine, se présente spontanément dans les magasins et grandes surfaces, répond à chaque affiche affirmant recruter. Elle connait les sites web du Forem, du Selor, d’AlterJob, de Références, etc. par cœur. Chacune des agences intérims de la ville possède son CV, elle y fait également une visite régulière. Elle se déplace à Bruxelles, Namur, Charleroi, Louvain-la-Neuve et rien n’y fait. Sincèrement, elle ne passe pas un seul jour sans penser à trouver un emploi. Malgré tous ces efforts, la voici 2 ans plus tard et à part quelques jours d’intérims par ci, par-là, et quelques entretiens d’embauches, elle est toujours au chômage. Une solution ?  Continuer ces démarches acharnées dans l’espoir qu’un jour cela finira par payer.

Pourquoi Laura n’a-t-elle pas trouvé d’emploi? C’est simple, les raisons sont toujours les mêmes, d’ailleurs, on dirait un vieux disque rayé… «Vous n’avez pas assez d’expérience. » « Vous n’avez pas de voiture. » « Vous êtes trop qualifiée, ou pas assez. » « Vous n’avez pas de plan XY ou Z », et même un improbable « Vous êtes trop mince ».

Les raisons données par les employeurs :

Détaillons un peu les réponses auxquelles bon nombre d’entre vous ont déjà eu souvent à faire face.

- Vous n’avez pas assez d’expérience. C’est vrai, mais comment en avoir en sortant de l’école ? Si on ne donne jamais la chance à quelqu’un d’en acquérir, comment pourrait-elle en avoir un jour ?

-  Vous n’avez pas de voiture. Comment pourrait-on posséder une voiture, et en payer tous les à-côtés en n’ayant comme seul revenu, qu’un chômage ? C’est littéralement impossible d’assumer les frais d’une telle acquisition avec aussi peu de rentrées financières. C’est un fait bien trop souvent oublié pas les employeurs.

-  Vous êtes trop qualifiée. C’est de l’humour pur cette phrase…Si on postule à une offre, c’est qu’elle nous intéresse, et que par conséquent on a bien lu le descriptif de celle-ci. Nous savons donc pertinemment bien quelles seront les tâches à effectuer et connaissons le salaire qui s’y rapporte.

-  Vous êtes n’êtes pas assez qualifiée. Ok. C’est encore la raison la plus valable et acceptable, mais je ne me trompe pas en affirmant que dans un passé pas si lointain, beaucoup d’employeurs prenait le temps de former ses employés, de les guider, et de tout simplement leur apprendre le métier. Chose qui n’arrive plus jamais de nos jours ou très rarement. Restons honnête en disant que cette façon de faire n’est réalisable qu’avec certains emplois ne demandant pas des années d’université mais de là à demander 5 ans d’expérience pour réaliser des sandwichs, il y a un pas, non ?

-  Vous n’avez pas de plan XY ou Z. Les voilà ces fameux plans d’aide à l’embauche, Activa, APE, PFI, Start et j’en passe… Si l’intention était bonne, force est de constater que dans les faits, cela ne se passe pas si merveilleusement que le gouvernement voudrait nous faire croire. Si vous n’en possédez pas, vous pouvez déjà exclure 75% des offres disponibles, car la vérité est qu’un employeur engagera beaucoup plus facilement une personne moins motivée et enthousiaste possédant un plan lui rapportant quelques centaines d’euros plutôt qu’une personne super motivée, et impatiente de travailler mais qui ne possède aucun plan. Au pire, si vous avez l’Activa, il pourra se séparer de vous d’ici 24 mois, en attendant, vous n’aurez toujours pas de CDI et aurez, dans l’intervalle, perdu la totalité de vos avantages Activa. C’est la triste réalité. Et puis, les conditions d’accès à ces plans sont tellement fantaisistes et aléatoires qu’on ne sait même plus à quoi on a droit ou pas. Le plus incroyable dans ce cercle infernal d’aide à l’embauche, c’est que l’employeur ne fait même plus attention aux compétences des candidats mais juste au nombre de points qu’il a sur sa carte, ce qui se traduira par l’apport financier qu’il touchera grâce à vous. Pour en revenir à Laura, une employée du Forem lui a même conseillé de « glander » 24 mois afin d’avoir pleinement droit à l’Activa. Véridique.

Hélas, tout cela n’est pas surréaliste mais bel et bien réel. Et encore, on devrait s’estimer heureux d’avoir des réponses, car il faut bien le reconnaitre, dans la plupart des cas, on n’obtient aucun retour de nos démarches. Serait-on si insignifiant qu’on ne mérite même pas un simple et bref mail stipulant la décision prise ? Je rappelle tout de même qu’un mail est gratuit, et que cliquer sur envoyer ne prend pas une demi-journée. C’est désolant de se sentir si dédaigné.

Que faire alors pour travailler?

Faire des formations ? Après avoir discuté avec beaucoup de personnes ayant suivi des formations, courtes ou longues, elles n’ont tout simplement pas trouvé un emploi plus facilement…

Ouvrir son propre commerce ? On nous bassine à longueur de temps qu’il faut se lancer, créer, et que les aides sont là, Job’In, Smart, UCM, et j’en passe…mais dès que vous avez une idée, que vous la mettez sur papier, la développez, y croyez, ces « aides » vous rétorquent que ce n’est pas bien, que ce n’est pas comme ça, que ce n’est pas assez original, qu’il faut trouver des milliers d’euros avant, qu’il faut avoir une voiture, etc….Toutes des choses impossibles à réaliser sans avoir au préalable un emploi. Sacré cercle vicieux quand même.

Trouver un emploi à plein temps et à durée indéterminée est-il synonyme de demander la lune dans ce pays ? Aux informations, on entend toujours parler de la création de nouveaux emplois, où sont ces emplois ?

Nouvelle réglementation du chômage: le gouvernement nous enfonce encore un peu plus !

Malgré tous ces tracas  quotidiens, le gouvernement arrive encore à nous enfoncer un peu plus en faisant passer de nouvelles réglementations qui nous mettent encore plus la pression. A croire que tous les maux de cette société sont de notre faute. Vous n’êtes plus sans savoir qu’une diminution des indemnités de chômage va apparaitre avec le temps, ce qui, soyons clairs, ne nous laissera plus beaucoup de choix à part celui de survivre. Le mot est fort mais pas irréfléchi, car  quand on enlève le loyer, l’électricité, le chauffage, internet, la nourriture, les vêtements, il ne restera plus grand-chose, surtout si les loyers et le coût de la vie continuent de croître. L’étau va se resserrer de plus en plus pour nous. Imaginez élever un enfant dans ces conditions, cela va devenir impossible.

Le chômage baisse-t-il parce qu'il y a de nouveaux jobs ou parce que d'anciens chômeurs passent au CPAS ?

Le but de ces décisions est peut-être de tous nous envoyer au CPAS le plus proche de chez nous. C’est bien sûr ironique de ma part mais suis-je si éloigné que ça de la vérité ? Pas sûr. Ce n’est pas pour rien que tous les CPAS du pays se plaignent de l’accroissement massif de personnes faisant appel à leurs services. Ils sont débordés de toutes parts et doivent assurer un amas de travail qui, à la base, ne leur était pas destiné. Si on se réfère  aux chiffres, l’Onem nous assure que le chômage est en baisse mais est-ce réellement le cas ou est-ce tout simplement une diminution du nombre de chômeurs car ils sont exclus et doivent se rediriger vers le CPAS ? La question mérite d’être posée.

Certains d’entre vous me diront que les syndicats existent, qu’ils nous défendent et que dès lors ma démarche est inutile mais si ma mémoire est bonne, il n’y a pas si longtemps lors des négociations à propos de la réforme de l’Etat, les syndicats avait promis qu’on ne toucherait pas aux allocations de chômage  et que ce n’était pas à nous de payer les pots-cassés de la crise. Manifestement, leurs promesses et revendications n’ont pas eu beaucoup de poids. C’est le moins qu’on puisse dire.

Moralement très dur : on se sent mal et incroyablement frustré.

Un autre point important est qu’être chômeur est moralement très dur à supporter, se lever le matin sans avoir de but, ne pas savoir comment occuper sa journée, se demander si on pourra s’en sortir la fin du mois venu, craindre de tomber malade et de devoir assumer des frais pour se soigner, cette situation est extrêmement frustrante pour n’importe qui d’entre nous. Elle nous dévalorise, on se sent mal et incroyablement frustré, alors qu’avoir un métier et par conséquent une occupation est primordial dans le développement de tout individu.  Avoir des buts, des objectifs, des responsabilités à assumer, des collègues avec qui échanger, toutes ces petites choses qui rendent intéressant le travail, toutes ces petites choses que nous n’avons plus vécues depuis trop longtemps.

Parmi les nombreux chômeurs que compte la Belgique, il y a des gens qui ont de l’ambition, de la motivation et énormément de courage alors pourquoi leur refuser un emploi? Pour un plan Activa?  Parce qu’ils ne sont pas allés à l’université? Parce qu’ils sont trop minces ou trop gros ?  Ou tout simplement parce qu’il n’y a pas assez d’emplois pour tous les Belges, information vraie dont le gouvernement ne se vante pas souvent.

Pourquoi devons-nous subir les conséquences d’une équation totalement impossible à résoudre ???

En Wallonie il y a une offre d’emploi pour soixante personnes qui cherchent un emploi, autant dire qu’il n’y a pas de travail pour tout le monde.

Quant aux statistiques que présente l’ONEM, elles ne reprennent que les demandeurs d’emploi indemnisés. Evidemment c’est de la poudre aux yeux. Quand on nous annonce une diminution du nombre de chômeurs, la réalité des personnes sans travail est tout autre, puisque cela ne tient pas compte du nombre exact de personnes exclues du monde du travail.

On continue à faire peser sur les travailleurs, les allocataires sociaux, les travailleurs indépendants, le plus fort de l’effort budgétaire, alors que dans le même temps, les riches dans notre pays et les entreprises, construisent des montages via les Caïman et Via le Luxembourg, pour échapper à l’impôt. C’est véritablement une gifle au monde du travail, car, quand on nous demande la modération salariale, on constate que d’autres, de manière légale ou illégale, continuent de s’enrichir de plus en plus, et nous disent que ce sont nos salaires qui sont responsables de la crise économique.

Rien n’est demandé aux plus nantis. Pour tous ceux-là, le paradis fiscal est garanti dans notre pays. Ils peuvent dormir tranquilles. Leurs revenus vont continuer à croître, et ils sont assurés que leur contribution à la collectivité restera proche de zéro !

Le programme du gouvernement Michel est injuste, il fait peser l’effort sur les plus faibles et pas sur le capital. Oui, il est injuste et inefficace économiquement parce qu’il ne va pas apporter cette relance économique dont nous avons besoin. Le gouvernement fait exactement l’inverse des recommandations de la plupart des économistes et des grandes institutions internationales. Il nous conduit tout droit à la récession et tout ce qu’il va avec : augmentation de la pauvreté, destruction de l’emploi et diminution des prestations sociales

L’Allemagne qui a longtemps été citée en exemple, comme un modèle de réussite économique, est en train de changer de cap, son économie est à bout de souffle, parce que l’on ne peut pas  prôner la modération salariale partout en Europe, alors que notre économie est basée principalement sur des échanges intra-européens.

Parce que nous savons, aujourd’hui que la crise qui nous touche, va avoir un impact sur le commerce local, sur l’artisanat, sur les petits patrons qui vont fermer boutique. C’est cela la réalité de demain ! Les petites entreprises vont fermer et les grosses entreprises vont gagner de plus en plus d’argent pour leurs actionnaires.

Les bénéfices en 2013, ont été redistribués essentiellement aux actionnaires, leurs dividendes ont été de 130 à 140 % par rapport aux bénéfices. C’est là que l’argent s’en va !

Aujourd’hui, tout le monde doit bien sûr contribuer, mais  c’est surtout le capital, et les grosses fortunes qui doivent participer à la relance de notre pays. Le gouvernement Michel vide littéralement les caisses de l’état et notamment celles de la sécurité sociale, en restant sourd aux revendications des 120.000 personnes qui ont manifesté  pour dire leur opposition à ce gouvernement antisocial, anti jeunes et anti économique qui réduit l’accès à l’emploi pour les jeunes et qui les oriente vers des mini-jobs et du travail précaire.

Le gouvernement veut instaurer un autre modèle, un modèle libéral, basé sur le repli sur soi, et le chacun pour soi, sur la concurrence sans limite entre les entreprises et  entre les régions et les travailleurs. Un modèle où seul comptent la compétition, le mérite et l’égoïsme. C’est un modèle qui nous prépare à une société inhumaine, un modèle qui est indigne quand on veut obliger une femme qui habite seule avec ses enfants, dans un village éloigné des grandes villes, à accepter un emploi à plus de 60 kilomètres de chez elle, alors que dans son village il y a peut-être tout au plus un bus au matin et un bus le soir.

Ce sont des projets qui protègent les privilèges et les fortunes des nantis. Des projets qui ne tiennent pas la route économiquement, des projets qui vont détruire la cohésion sociale et créer la violence qui les accompagne.

Ce gouvernement est mauvais !